Annonce
indiequebec est à la recherche de mélomanes inconditionnels de musique locale en marge au québec, telle que celle d'avec pas d'casque, half moon run, monogrenade, the loodies, mardi noir, ps i love you, pypy, ponctuaton, le nouvel orchestre de flutes de julien mineau et tous ces groupes, qui pourront contribuer aux diverses discussions créées au fil des jours dans ce forum.
#1 28-10-2007 02:20
Vente de musique: stratégies visionnaires ou lubies?
Voici un article d'Alexandre Vigneault qui réfléchit à la question que j'avais posée il y a peut-être une semaine et à laquelle personne du forum n'a tenté de répondre...
est-ce pensable que le cheminement effectué par Radiohead puisse être repris par des groupes d'ici? (j'avais nommé les 3 acc et les Malajubes)
pour l'instant
, en espérant avoir des commentaires.. les miens viendront plus tard si il y a de l'intérêt 
Alexandre Vigneault a écrit:
Alexandre Vigneault
La Presse
La décision de Radiohead de vendre son dernier album sur l'internet au prix fixé par l'acheteur a été perçue comme révolutionnaire par des fans de musique et par l'industrie du disque. D'autres gestes récents par Madonna et Prince suscitent aussi de l'admiration et de l'inquiétude dans ce secteur en mutation. S'agit-il de modèles d'avenir, d'une forme de vandalisme passif ou de caprices de superstars? Sont-ils applicables au Québec? Des acteurs majeurs de la scène québécoise se prononcent à la veille du gala de l'ADISQ.
Prince a donné des millions d'exemplaires de son disque Planet Earth pour mieux remplir un amphithéâtre londonien de 20 000 places pendant trois semaines. Madonna a quitté une multinationale du disque pour mieux se vendre à un géant du spectacle disposé à exploiter toutes ses activités musicales, des chansons aux produits dérivés. Radiohead a proposé de donner son dernier album pour mieux le vendre et susciter, selon le guitariste Jonny Greenwood, une réflexion sur la valeur de la musique.
Voilà des initiatives qui font réfléchir, en effet. Madonna désavoue-t-elle le disque en se liant avec une multinationale du spectacle? Puisque les CD se vendent moins, serait-il pertinent de suivre l'exemple de Prince et de les considérer comme des outils promotionnels servant essentiellement à faire mousser les ventes de billets? Radiohead pose une question encore plus radicale: à l'ère des connexions haute vitesse, les artistes ont-ils encore besoin des compagnies de disques?
Ces questions capitales, seul un nombre limité d'artistes a le luxe de se les poser, selon tous les professionnels consultés par La Presse. «Globalement, je trouve les trois deals brillants, admet Martin Merlino, directeur du marketing chez Audiogram. La difficulté, c'est qu'ils ne s'appliquent qu'aux artistes qui vendent déjà beaucoup de disques et de billets de spectacles.»
Jean-Christian Aubry, directeur général de BonSound, n'y va pas avec le dos de la cuiller: «Ce sont des décisions faciles à prendre quand tu es déjà millionnaire», dit-il. Un point de vue partagé par Michel Bélanger, grand patron d'Audiogram. «Ce n'est jamais un risque financier qui est pris, relève-t-il. Dans le cas de Madonna, c'est même sécurisant.»
Le modèle québécois
De tous ces modèles d'affaires jugés «révolutionnaires», c'est celui de Madonna qui impressionne le moins au Québec. «Ça se fait déjà ici, rappelle Jean-François Renaud, agent de tournée chez Spectra. Il y a des compagnies qui offrent à des artistes de s'occuper de tous les aspects de leur carrière: disque, gérance, production de spectacles, DVD, etc.»
L'association entre Les Cowboys Fringants et La Compagnie Larivée Cabot Champagne/La Tribu en constitue un bon exemple. Et c'est loin d'être le seul: un grand nombre de maisons de production d'ici offrent déjà tous les services sous un même toit. Celles qui ne le faisaient pas encore s'ajustent. "C'est clair que c'est vers ça que l'industrie s'en va", estime Jean-Christian Aubry.
Avalanche Productions (Jorane, Plaster, etc.) a décidé d'ajouter la production de disques a ses activités. Tacca offre un service complet, sauf la gérance, «pour éviter les conflits d'intérêts», dit Pierre-Luc Durand, directeur de la boîte. Audiogram s'est doté des structures nécessaires pour produire des spectacles, même si Michel Bélanger dit préférer se concentrer sur le développement d'oeuvres et d'artistes.
Se donner en spectacle
Pour Jean-Christian Aubry, il ne fait aucun doute que l'industrie doit miser sur les spectacles. «L'argent est dans le live et le ventes live», dit-il, faisant notamment référence à la vente de t-shirts et autres produits dérivés. Il n'est pas le seul à croire que l'avenir de la musique passe par la scène. Mais les producteurs doivent-il aller jusqu'à donner les disques pour attirer les gens dans une salle comme l'a fait Prince?
«J'ai trouvé ça génial, c'est une idée à travailler», affirme Jean-François Renaud. Il précise toutefois qu'un artiste québécois tenté par ce genre d'expérience ne pourra évidemment pas espérer faire 21 Centre Bell, ni même 21 Métropolis. «Les artistes d'ici vendent moins au centre-ville de Montréal, signale-t-il. La banlieue est devenue très compétitive. Elle dispose de salles fraîchement rénovées, de stationnements et de vestiaires facilement accessibles.»
Pour rentabiliser une telle opération à l'échelle locale, l'artiste et son producteur devront trouver le bon équilibre entre des représentations à Montréal, dans une salle de la Rive-Sud et une autre de la couronne nord. «Ça peut marcher pour les 10 ou 20 artistes les plus attendus, mais pour les autres, c'est impensable», prédit toutefois Martin Merlino.
Jean-François Renaud reconnaît que les spectacles ne sont pas la panacée pour tous. «Il y a des artistes connus qui ne se donnent que le cachet minimal de l'Union des artistes (NDLR: entre 168$ et 245$ par représentation dans des salles de moins de 800 places), parce qu'ils doivent amortir les sommes investies en pré-production sur environ 50 spectacles», dit-il. Changer les façons de faire dans un marché restreint comme celui du Québec n'est pas une mince affaire. «La marge de manoeuvre est réduite», confirme Mylène Tapp, anciennement de chez Spectra et aujourd'hui à la tête de 9e Vague.
Vandalisme candide?
L'option Radiohead est celle qui suscite le plus l'admiration... et les critiques les plus sévères. Trois des gars de Malajube, croisés à L'Autre Gala de l'ADISQ, ont dit trouver l'idée géniale, mais ne croient pas une seconde qu'elle s'applique à eux. Et comme tous les autres artistes abordés par La Presse, ils se jugeaient mal placés pour donner leur opinion sur le commerce de la musique.
«C'est du vandalisme passif fait avec une grande candeur», lance pour sa part le directeur du marketing d'Audiogram, Martin Merlino, au sujet du système privilégié par Radiohead. Il estime que ce genre d'opération dévalue la musique et pourrait contribuer à casser le marché. «Si un épicier faisait la même chose, les clients paieraient sans doute un prix juste pendant la première semaine et puis de moins en moins les semaines suivantes. Très vite, les gens sortiraient sans payer», pense-t-il.
L'épicier serait-il forcé de fermer boutique? Peut-être pas. Sébastien Nasra connaît une artiste canadienne qui pratique un commerce semblable depuis trois ou quatre ans: Jane Siberry. Par l'entremise de sa boutique en ligne (), elle offre tout son catalogue, permet aux usagers de payer le prix qu'ils veulent et présente une foule de statistiques intéressantes... qui peuvent influencer le consommateur. Est-ce rentable? Dans son cas, peut-être: Jane Siberry - qui se fait désormais appeler Issa - est une adepte de la simplicité volontaire.
Michel Bélanger, patron d'Audiogram, croit néanmoins que les modèles de Radiohead et de Prince misent avant tout sur une dévaluation de la musique pour créer de l'achalandage. «C'est cet achalandage-là qui a une valeur, dit-il. Radiohead a attiré les gens sur son site. Prince a attiré les gens dans une salle de spectacle.»
Le génie de Radiohead se limiterait à avoir été le premier artiste d'envergure internationale à tenter une telle opération. Et à le faire savoir à la planète. «Ça leur a fait une publicité d'une valeur inestimable, justement parce que ça a fait la manchette partout sur la planète, analyse Michel Bélanger. À partir du moment où tu es le 300e, ça ne fait plus la manchette et tu dois faire le même genre d'investissement marketing que pour un disque.»
Jean-Christian Aubry, de BonSound, abonde: «Donner sa musique, ça sert à quoi si personne ne sait qu'elle est disponible? Si elle ne joue nulle part?» Il croit que personne n'aurait parlé du groupe québécois Misteur Valaire, qui a décidé, lui aussi, de donner sa musique, si le hasard n'avait pas fait tomber son offre en même temps que celle de Radiohead.
L'avenir? Pas pour demain
«Ce n'est pas le temps de faire ce genre de chose au Québec, estime Sébastien Nasra. Dans le milieu, quand on discute, on aime bien se projeter dans l'avenir, mais la réalité c'est que, au quotidien, on fonctionne encore pas mal selon l'ancien modèle.» Il rappelle, tout comme Jean-Christian Aubry, que le système de subventions qui soutient l'industrie du disque est basé sur «l'ancien modèle» et les ventes de disques.
Jusqu'ici, tout va plutôt bien, d'ailleurs, pour l'industrie locale. Des chiffres publiés dans un récent bulletin de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec indiquent que, de 2002 à 2006, la baisse de ventes de disques a été limitée à environ 140 000 unités. Au cours de la même période, la part de marché des productions québécoise est passée de 31,7% à 42,5%.
Martin Merlino aborde ces statistiques avec prudence. La crise n'a pas encore frappé le Québec, selon lui. Il juge difficile de prédire les modèles qui pourraient être mis sur pied s'il survient une dévaluation de la musique en même temps qu'une baisse marquée des ventes.
Michel Bélanger, lui, s'inquiète tout particulièrement de l'impact de ces modèles sur le développement de nouveaux artistes qui n'ont ni la notoriété ni les moyens des superstars. Radiohead, il est vrai, a profité du système dont il se dissocie aujourd'hui. Il est raisonnable de croire que Capitol et EMI ont injecté des sommes considérables pour mousser la carrière du groupe. Des sommes générées par les succès d'artistes qui l'ont précédé. «À partir du moment où l'artiste notoire ramasse tout le fric, souligne Michel Bélanger, le développement s'arrête.»
QUEL MODÈLE POUR QUEL ARTISTE QUÉBÉCOIS?
Les modèles d'affaires récemment mis de l'avant par Madonna, Radiohead et Prince ne s'appliquent, a priori, qu'aux artistes qui jouissent déjà d'une grande notoriété. Des vedettes, le Québec en a aussi beaucoup. Certaines d'entre elles pourraient-elles transposer à l'échelle locale, et en faisant abstraction du mode de financement de l'industrie du disque, l'un ou l'autre de ces modèles? Des professionnels de ce milieu ont accepté de faire l'exercice et même de donner des noms... contre l'assurance qu'on ne divulgue pas le leur.
Le business selon Madonna
Madonna vient de quitter Warner, la multinationale du disque avec laquelle elle était liée depuis le début de sa carrière, pour rassembler l'essentiel de ses activités sous l'égide d'Artist Nation, une division de la multinationale du spectacle Live Nation. La star de la pop a paraphé une entente d'une durée de 10 ans et estimée à 120 millions qui vise la totalité de ses activités liées à la musique: disques, DVD, tournées, émission de télévision, fan club, produits dérivés, ainsi que la permission d'exploiter la «marque» Madonna.
Qui pourrait jouer ce jeu?
> Critère - Représenter une grande valeur marchande sur disque comme sur scène.
> Marie-Élaine Thibert, Gregory Charles ou Éric Lapointe. Les avances qui pourraient être consenties aux artistes québécois dans de telles ententes n'auraient évidemment rien à voir avec les 120 millions octroyés à Madonna.
Le disque selon Prince
Quelle est l'utilité du disque, en 2007, selon Prince? Ce n'est ni plus ni moins qu'un appât. Le 15 juillet, environ trois millions de lecteurs du journal britannique Mail on Sunday ont reçu gratuitement un exemplaire de son album Planet Earth. Un disque a aussi été offert à chaque personne qui achetait un billet pour l'un des 21 spectacles qu'il a présentés plus tard durant l'été à l'amphithéâtre 02 de Londres, une salle de 20 000 places. Dans la foulée, au moins 15 des spectacles ont été présentés à guichets fermés et ont généré des recettes avoisinant les 26 millions.
Qui pourrait jouer ce jeu?
> Critères- Jouir d'une grande notoriété dans la population en général. - Être réputé pour la qualité de ses spectacles.
> Zachary Richard, Richard Séguin, Diane Dufresne, Marjo ou Daniel Bélanger.
L'internet selon Radiohead
Des tonnes d'artistes utilisent l'internet pour établir un contact privilégié avec leurs fans. Radiohead en fait partie. Des tonnes d'artistes envisagent ou ont promis d'exploiter ce médium pour vendre leur musique directement à leurs fans. Radiohead le fait, depuis le 10 octobre. Particularité: c'est l'acheteur qui détermine le prix de vente. Impossible de savoir combien d'exemplaires d'In Rainbows ont été écoulés de cette manière. Le porte-parole du groupe nie que l'albumait été téléchargé plus d'un million de fois dès le premier jour, mais juge réaliste le prix de vente moyen évoqué, c'est-à-dire environ 4£ (8$).
Qui pourrait jouer ce jeu?
> Critères - Posséder un bassin de fans très mordus. - L'artiste doit être tenu en très haute estime par ceux-ci.
> Les Cowboys fringants, Jean Leclerc, Malajube ou Daniel Bélanger.
Hors ligne 



